De l’utopie à la réalité, il n’y a qu’un pas. Ou presque. En 2018, la première édition du Hackathon étudiants Water4Future se déroulait à Montpellier. « On était à peine 70-80 personnes, participants, équipe organisatrice et coachs compris », raconte Eric Servat, directeur du Centre international Unesco Icireward, une structure de référence dédiée à l’eau continentale portée par l’Université de Montpellier. Huit ans plus tard, le pari de départ est largement gagné puisque 130 équipes, soit plus de 800 étudiantes et étudiants de 22 nationalités différentes, sont en lice lors de cette édition. « C’est désormais le plus grand hackathon étudiants dédié à l’eau douce », s’enthousiasme l’hydrologue montpelliérain.
48h pour innover
Le principe est simple : un thème, un projet, 3 minutes pour convaincre. Le thème du hackathon, cette année « eau et aménagement du territoire », est divulgué deux jours avant le lancement officiel de l’événement. Le jour J, une fois le top-départ lancé depuis la salle des rencontres de l’hôtel de ville de Montpellier, les équipes ont moins de 48h pour concevoir un projet innovant à impact social et environnemental positif pour une eau plus durable. Si environ vingt-cinq d’entre elles sont présentes sur place, d’autres prennent part au challenge à distance. Au total, ce sont 66 universités et écoles d’ingénieurs qui sont représentées, situées en France (Montpellier, Toulouse, Limoges, Corse, La Réunion), en Europe (Pologne, Royaume-Uni) et en Afrique (Tunisie, Maroc, Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin, Togo, Djibouti, Burundi, Kenya, Mali, Tchad, Burkina Faso, Tanzanie, Madagascar, Egypte, Cameroun).
Rapidement, l’effervescence emplit la salle, les discussions s’animent. Trouver un sujet, en discuter en groupe, prendre des décisions collectives, ce n’est pas si simple. « Non seulement les étudiants doivent apprendre à travailler en équipe dans un temps très limité, mais ils sont aussi rapidement obligés d’intégrer la nécessité d’aller chercher des compétences-clés à l’extérieur », analyse Eric Servat. Les projets prennent forme avec l’appui de 90 coachs mobilisés pour l’occasion, des expertes et experts en géographie, hydrologie, urbanisme, économie, climat, communication, entrepreneuriat, finances, comptabilité…
Les « Water talent » en lumière
Deuxième jour de Water4Future, l’ambiance est électrique. La veille, les équipes ont peaufiné leur projet et leur présentation jusque tard dans la soirée. Il faut plusieurs cafés serrés pour faire disparaître les doutes laissés par une nuit trop courte. Tout s’accélère, les sessions de pitch commencent dans chaque pool de sélection en début d’après-midi. Chaque équipe a trois minutes et quelques questions-réponses pour convaincre le jury du potentiel de son projet. L’énergie, l’aplomb, la créativité des participants sont bluffants. Une session fitness festive est organisée avant les résultats pour aider tout le monde à décompresser. Après tout, ce n’est qu’un jeu.
Le hackathon continue. En raison du nombre important d’équipes de cette édition 2026, une phase de sélection supplémentaire a été ajoutée. A l’issue de celle-ci, 38 équipes sont encore en compétition, assurées de repartir avec le titre de « Water talent », récompensant « leur engagement, leur créativité et leurs propositions innovantes face aux enjeux de l’eau ». La deuxième session de pitch, de facto les demi-finales, met en lumière la pluralité des projets comme la diversité culturelle des équipes engagées. « La dimension internationale est essentielle, insiste le directeur du Centre international Unesco Icireward. Elle permet à chacun de réaliser que, face à un même problème, les solutions peuvent être très différentes. Car si la problématique de l’eau est universelle, les solutions dépendent énormément du contexte local »
L'importance de la dimension humaine
Alors que la liste des finalistes tombe, joie et déception s’entremêlent. Place aux présentations des dix dernières équipes, sur scène ou sur grand écran, devant un jury international de professionnels. Certaines équipes se font déjà remarquer par la qualité, la pertinence et l’impact de leur projet. Ce qui est exactement ce que recherche Eric Servat : « L’eau, c’est d’abord les gens. Si on oublie sa dimension humaine, on passe totalement à côté de la problématique. Par exemple, le rôle des femmes n’est pas le même en Afrique ou en France pour pouvoir avoir de l’eau potable à domicile.
Il est presque 22h quand l’équipe victorieuse de ce 8e Water4Future étudiants est annoncée. Il s’agit de celle de l’École nationale supérieure de génie mathématique et modélisation (Bénin) pour un système innovant destiné à mieux prédire et alerter tout en aidant à la résilience du territoire en cas de crues importantes. Ce projet verra-t-il le jour ? « Peu de projets se concrétisent, car on est avant tout dans un processus de formation », insiste Eric Servat. Ces deux jours d’intelligence collective, d’innovation et de coopération internationale ont néanmoins démontré l’envie de la jeune génération d’œuvrer pour une gestion plus durable de cette ressource essentielle et vulnérable qu’est l’eau.

