Biodiversité(s) et urbanisme : une alliance possible ?

Depuis longtemps, la ville, représentée par l’artificialisation, est considérée comme l’opposé diamétral de la nature sauvage et de ses biodiversités et écosystèmes. Aujourd’hui, à l’image des nouvelles réglementations en vigueur, nous voyons que ce n’est plus le cas. Mais concrètement, comment allier nature et urbanisme ?
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Selon le site Biodiversité.gouv.fr, la “biodiversité est le tissu vivant de notre planète” Au sens large du terme, les biodiversités  regroupent l’ensemble des milieux des formes de vie naturelles, végétales ou animales, et l’ensemble des interactions que les êtres vivants exercent entre elles et leur environnement. Par exemple, une plante en pot dans votre balcon n’est pas une biodiversité, mais elle le devient dès lors qu’un insecte vient en polliniser les fleurs.
Principalement présente dans les milieux architecturaux, la combinaison entre la nature et la ville représente en réalité des enjeux plus grands. Dans tous les cas, une question se pose : pourquoi allier les deux ? 
Dans le cas de nouvelles constructions immobilières, il est possible d’impliquer des écologues en amont de la construction. Ainsi, les mesures environnementales en vigueur ainsi que les biodiversités et écosystèmes supralocaux seront respectés.

Un antagonisme historique

Depuis le 20ème siècle, les constructions immobilières ont été établies contre la nature, à coup de bétonisation, zonage fonctionnel et artificialisation des sols. Ce processus, appelé artificialisation des terres, s’inscrit dans un urbanisme encore actuel : entre 2009 et 2019, plus de 276.377 hectares ont été mobilisés à but de constructions immobilières.
Cette urbanisation poussée à l’extrême a plusieurs impacts environnementaux : la destruction d’espaces naturels, l’imperméabilité des sols, une hausse du réchauffement climatique dûe à la réduction de stockage de CO², et une menace pour la sécurité alimentaire.  Un impact météorologique est également constaté : selon Météo France, l’écart de température entre Paris et 47 autres zones géographiques en France atteint plus de 6,4C°. Selon le rapport Planète Vivante de la WWF de 2024, la taille moyenne des populations d’animaux sauvages suivies a diminué de 73%, les espèces d’eau douce affichant le plus fort déclin avec 85%. Là s’inscrit toute l’importance de mieux construire : il faut trouver un équilibre entre notre confort et la protection de la planète.

Un changement de dynamique nécessaire

Afin de parer à ces problèmes environnementaux, un changement de dynamique est nécessaire. C’est dans ce contexte que l’écologie urbaine émerge : il n’est plus question de construire juste pour construire, mais de construire intelligemment, sans épuiser les ressources naturelles, les biodiversités et écosystèmes locaux. La nature devient ainsi une infrastructure en elle-même comme le montre la mise en place des trames bleues et vertes.
Ces trames sont nées d’un constat de fragmentation : les territoires naturels se morcellent de plus en plus, et viennent directement impacter le développement de la faune et de la flore. En résumé, les trames vertes et bleues consistent à concilier l’articulation entre les milieux naturels terrestres et aquatiques dans un but de préservation des espèces des deux milieux respectifs. 

Concrètement, la mise en place progressive des TVB ont trois objectifs : 

  • La préservation de la biodiversité en favorisant les interactions inter-espèces, ce qui minimise les risques d’extinction ; 
  • Une facilité d’adaptation aux changements climatiques en favorisant les déplacements des espèces en cas de stress climatique ;
  • Une amélioration du cadre de vie et des territoires pour le côté “humain” : l’attractivité résidentielle et touristique des territoires peut représenter un véritable avantage pour les zones urbaines.
L’importance de ces milieux vient d’autant plus s’appuyer dans le cadre d’un urbanisme trop poussé : il devient ainsi primordial de travailler autour de la nature, et non plus contre elle.

Des solutions qui s'inventent d'elles-mêmes

Malgré la nouveauté de la problématique, des initiatives gouvernementales sont déjà mises en place pour réintroduire petit à petit les biodiversités au sein des écosystèmes urbains ; comme les Cours Oasis à Paris. Les cours Oasis consistaient simplement à implémenter des points d’eau dans les cours des écoles et des collèges, afin de proposer des espaces plus naturels, davantage de végétation, une meilleure gestion de l’eau de pluie et des points d’eau. Il existe également de plus en plus de bâtiments avec des toits végétalisés, qui permettent une meilleure gestion des eaux pluviales, possèdent des avantages thermiques et une favorisation des biodiversités.

Des exemples plus concrets partout dans le monde s’illustrent à travers plusieurs grandes métropoles :

    • Nantes avec la mise en place des trames vertes et bleues mentionnées précédemment dans l’article ;
    • Lyon et sa “désimperméabilisation” de l’espace : cette mesure avait pour objectif de rendre plus “humides” les espaces urbains autour de quatre piliers :
      • Protéger les milieux naturels et la ressource en eau ;
      • Lutter contre les îlots de chaleur ;
      • Faciliter le retour de la nature en ville ;
      • S’adapter et réduire la vulnérabilité aux risques d’inondation.
  • Singapour a effectué une prouesse que peu pensaient possible : l’augmentation des zones végétalisées de 36% à 47% entre 1986 et 2007. 
  • Berlin a mis au point un outil de pilotage environnemental précis : le Biotopflächenfaktor (facteur de surface biotopique). Cet outil et sa mise en place a entraîné l’imposition aux nouveaux projets de construction en cœur de ville un ratio minimal de surface “écologiquement active”. Concrètement cette obligation force les nouvelles infrastructures à avoir un pourcentage de surface écologiquement active comme des murs ou toitures végétalisés.  

Les limites et tensions persistantes

Malgré des objectifs prometteurs, l’alliance entre les biodiversités et l’urbanisme présente plusieurs points de tension. Il peut par exemple avoir des cas de greenwashing, ou des conflits d’usage entre les partisans de la nature et les institutions de promotion immobilière. De plus, il est possible que des inégalités d’accès à la nature se creusent dans les villes ou quartiers les plus isolés, et l’entretien des espaces verts entraîne un coût supplémentaire. 

Vers une ville harmonisée avec le vivant ?

Ces problématiques d’alliance entre la nature et la ville en viennent à inventer de nouveaux concepts comme les “villes nature”. Ces nouvelles dynamiques ont pour but d’associer citoyens, urbanistes et écologistes dans la conception de nouveaux écosystèmes, à la fois urbains et naturels, et transforme ainsi la biodiversité en critères de résilience urbaine et d’adaptation aux changements climatiques.